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Volume 3 : Chapitre 8 - Héritage

  Quatre mois s'étaient écoulés depuis le début de sa grossesse. Les nausées se faisant plus intenses que jamais, la taille de son ventre ne cessait de cro?tre, et sa volonté diminuait tandis que ses déplacements se faisaient plus difficiles. ?Le bracelet qu'elle avait re?u lors de son mariage lui semblait de plus en plus serré avec le temps.

  Sa suivante était aux petits soins pour elle, lui apportant tous les mets les plus fins du palais, indépendamment des produits locaux ou de saison. Mais Cerena, agée de maintenant vingt-sept ans, ne prenait plus de plaisir à manger, ne supportant plus la moindre odeur forte ni certains aliments.

  — Ma Dame, vous devez vous forcer ! Vous avez besoin de prendre des forces, vous n'êtes plus seule dans ce corps !, lui disait sa suivante, l'air faussement contrarié.

  Mais ses encouragements restaient sans réponse.

  ???

  Le mois suivant, une grande fatigue submergea Cerena. Elle ne cherchait plus à se lever. Le temps commen?ait à lui para?tre long. Les médecins et guérisseurs venaient la voir quotidiennement, mais sa santé ne leur paraissait pas préoccupante.

  Ses deux grossesses passées avaient été trop courtes, et trop lointaines pour la marquer encore. Pourtant, deux souvenirs refirent surface.

  Le plus récent était son compagnon, le père d'Elvira, un soutien infaillible grace à sa magie de guérison qui lui avait épargné de nombreux soucis. Elle aurait aimé qu'il soit là, bien qu'elle sache que c'était impossible… Que ferait son mari, l'Empereur, si son compagnon se présentait devant lui ? Elle n'osait l'imaginer.

  Le second souvenir lui fit froid dans le dos. Après la naissance d'Owen, presque neuf ans plus t?t, l'Empereur avait cherché à lui prendre son enfant… et cela s'était terminé de manière dramatique. Elle ne put s'empêcher de penser que la situation se reproduirait certainement, si elle ne tentait rien pour s'en préserver.

  D'autres questions se pressèrent dans son esprit : l'enfant à na?tre allait-il conna?tre le même sort qu'Owen, poussé dans ses retranchements dans le seul but de développer ses capacités ? Si elle donnait vie à une fille, comment l'Empereur réagirait-il ? Serait-elle en sécurité ? L'Empereur allait-il à nouveau changer d'attitude à l'égard de Cerena elle-même, lorsqu'elle aurait enfanté ?

  Une profonde angoisse rejaillit en elle, un sentiment qu'elle avait réussi à mettre de c?té jusque-là.

  Et lorsque l'Empereur entra finalement dans sa chambre, elle eut un sursaut, qui ne manqua pas de le surprendre.

  — Tout va bien ? demanda-t-il, le regard interrogateur.

  Elle le regarda, le c?ur battant, réfléchissant à la manière d'aborder le sujet.

  — Je… j'étais simplement perdue dans mes pensées.

  Il s'approcha et s'assit sur le lit, à c?té d'elle. Il posa le regard et la main sur son ventre, et après un instant, dit :

  — Tu n'as pas d'inquiétude à avoir. Cela prendra le temps qu'il faudra.

  Elle secoua la tête.

  — Non, il ne s'agit pas de cela.

  Elle s'interrompit, puis reprit :

  — Sire… puis-je vous demander… que se passera-t-il, lorsqu'il sera né ?

  Il leva les yeux vers elle, tentant de mesurer ses paroles.

  — Dis-moi à quoi tu penses. Parle sans détour.

  Prenant une profonde inspiration, elle répondit :

  — Me séparerez-vous de mon enfant ? Cesserez-vous de me rendre visite ? Me retrouverai-je à nouveau seule ?

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  En terminant sa dernière phrase, sa respiration et son pouls se firent plus rapides, et elle fut prise d'une bouffée de chaleur. Elle le fixait des yeux, son regard chargé de crainte, dans l'attente d'une éventuelle réprimande.

  Le moment d'après sembla durer une éternité, chacun scrutant la réaction de l'autre, mais la tension se relacha légèrement lorsqu'il sourit.

  — Je vois. Tu n'as rien à craindre, Cerena. Le passé est révolu, et les circonstances sont différentes. Tu es ma femme.

  Cerena poussa un soupir de soulagement à peine voilé. Il lui dit :

  — Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à le demander à ta suivante.

  — En fait… il y a autre chose que j'aimerais savoir.

  — De quoi s'agit-il ?

  — Vous ne m'avez jamais parlé… de vous. J'aimerais en savoir plus.

  Il retira la main de son ventre, et la regarda à nouveau d'un air scrutateur. Il réfléchit, puis dit :

  — As-tu déjà entendu parler des dieux ?

  — Malheureusement, je n'ai pas vraiment été instruite sur ce sujet…, répondit-elle.

  — Ils apparaissent un jour pour répondre à une nécessité, continua-t-il.

  — Une nécessité ? De quel type ? Et de qui provient-elle ?

  — Cela peut être tout ou rien à la fois. Une nécessité partagée par un grand nombre.

  — Quel est le rapport avec vous ? demanda-t-elle, fron?ant les sourcils.

  — Six cent ans auparavant, une guerre faisait rage sur le continent. Les mortels souhaitèrent y mettre fin, et firent appel aux dieux. Je suis apparu pour cette raison, et c'est dans cet objectif que j'ai fondé mon Empire.

  L'écoutant attentivement, Cerena ne savait pas comment réagir à son histoire.

  — Vous êtes… resté tout ce temps, uniquement dans le but d'accomplir ce souhait ?

  — Apporter et maintenir la paix peut para?tre simple en apparence, mais il n'y a pas de concept plus instable. Rien ne peut la garantir à jamais. Les mortels cèdent la place aux générations futures, le passé est oublié et les erreurs sont reproduites. Mon r?le est de maintenir cette paix, éternellement.

  — Mais… Si vous êtes immortel, pourquoi avoir besoin d'une descendance ?

  Il sourit doucement.

  — Tant que la paix perdure, ma destinée est accomplie, peu importent les moyens employés.

  Cerena ne répondit rien. Son raisonnement lui échappait encore… mais, pensant à la solitude dans laquelle il avait si longtemps vécu, son c?ur se serra.

  — Sire… Merci. Merci de m'en avoir parlé.

  Il s'approcha d'elle, posa une main sur son ventre et l'autre sur sa joue, et l'embrassa.

  ???

  Le sixième mois passa si lentement qu'elle crut qu'elle n'en verrait pas le bout. Cerena ne supportait plus l'attente et tout ce qu'impliquait sa grossesse. Son ventre était si gros qu'elle se demandait parfois comment cela était possible ; mais les médecins prétendaient que cela n'avait rien d'anormal.

  Elle restait allongée la plupart du temps, trop fatiguée pour faire le moindre mouvement ; et si les nausées étaient passées, elle n'avait pas pour autant retrouvé l'appétit. Il était temps que cela se termine.

  Et ce moment vint à l'issue de ces deux longs trimestres. Sa suivante fut d'une impressionnante réactivité dès les premiers signes de travail, ayant attendu cet événement avec autant d'impatience que la concernée.

  L'Empereur vint également assister à la naissance dès qu'il en e?t vent, mais il resta en retrait pour ne pas déranger. L'accouchement se passa plut?t vite, compte tenu de l'attente, la voie étant déjà tracée.

  Cerena, épuisée, s'apprêtait à pouvoir enfin respirer, son enfant ayant vu le jour. Mais alors que des médecins auscultaient le nouveau-né, un autre s'exclama soudain : ? Il y en a un second ! ?

  Des clameurs s'élevèrent, provenant aussi bien de ses confrères que de la suivante. Cerena, incrédule mais exténuée, pria intérieurement d'en finir au plus vite.

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