6 - La Forgeronne
Mon bonheur a été aspiré.
Où est-il ?
Où est-il ?
Je dois attraper le fautif.
De ses fautes, il sera chatié.
Sauf s’il m’est d’une quelconque utilité.
Oui, ses étincelles de vie s’évacuent,
Comme le fond percé d’une cuve.
Devant tous les citoyens du Marquisat,
Je cherche du regard celui qui a commis cet assassinat.
Mais ce n’est pas le seul effet de son explosion.
Son vide a aspiré toute la joie incontr?lable de Tayn,
Dont celle de ceux qui lui obéissent avec dévotion.
En effet, une prise de conscience collective est en train de couler dans leurs veines.
Des guerriers plongent sur Ruh avant de lui jeter une pluie de coups.
Des fracas assez puissants pour extirper de la terre un grand souffle.
Mais pas assez pour sortir l’homme de sa fureur.
Il glisse, renverse, et rend coup par impact de terreur.
Mais depuis un angle mort, il passe ses mains sur son cou.
Ezra est dans les vapes et est attachée.
Pour s?r ; tous sont confus et sonnés,
Sauf Siofra, qui recouvre tout juste ses pensées floues.
— J’ai hate de vous faire tout ce qui me passe par la tête,
murmure le marchand à l’oreille du Disgracié.
Puis il s’approche de la rousse dont les bras et les jambes sont scellés.
Sa voix gratte comme un frisson net.
Sa gorge se serre.
L’impression d’être comprimée.
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La proie d’un cerf.
L’étau se resserre.
Il touche les vêtements,
Fait faiblir les liens lentement,
Siofra les déchire.
D’un geste digne d’une comète, si ce n’est pire,
Son pied fracasse la machoire du marchand.
Celui-ci recule, ruisselant de sang.
— Pour ce geste, tu conna?tras mille souffrances !
— C’est comme ?a que tu parles à la meilleure Forgeronne de tout Tarshkila ?
Intérieurement, elle jubile de joie.
? Purée, j’ai toujours rêvé de dire une phrase comme ?a ! ?
Mais elle ne baisse pas sa garde.
Il charge en empoignant un couteau de boucher.
Elle inspire, puis débute une série d’esquives.
Mais lentement, son souffle s’accélère,
Rattrape l’air,
Atteint la vitesse du primate le plus rapide que la nature ait engendré,
Oui, Siofra perd pied.
Ce n’est pas une combattante.
Si une esquive est ratée, alors elle finira découpée.
Puis une attaque érafle sa joue encore tendre.
Elle se fige de peur.
Un coup de genou la renverse sur le plancher,
Elle doit vite réagir avant d’être un deuil.
Rapidement, elle balance son marteau sur le crane du marchand.
Il s’écroule, inconscient.
Siofra s’approche de ses amis endormis pour les libérer.
Elle fredonne une chanson qu’elle s’invente :
> Siofra, Siofra, encore toi !
Viens à nous, viens à nous !
Sans toi nous ne pourrons y faire face,
Alors viens à nous, viens à nous !
Comment affronter les lendemains,
Sans Siofra, sans Siofra ?
Viens à nous, viens à nous !
— Orrh, c’est bon, j’arrive, dit-elle en rigolant.
Vous allez me faire rougir.
— Tu es de plus en plus flippante…
— Disgracié ? Tu n’es pas endormi ?
— Bah non, mais tu pensais quoi ? Que j’allais me défendre ? Alors là, jamais, j’ai pas envie de me faire tabasser.
— Crone et Ezra n’auraient pas hésité…
— Bah, on n’a plus qu’à les réveiller !
Autour de Ruh se poursuivent des cavaliers sur des mules,
Tirant des sécrétions paralysantes.
Il fait mine d’être immobilisé, qu’il fallait juste trancher son opercule.
Et lorsque le premier vient, il le tranche — lui et sa monture — d’un coup fulgurant.
Ce même destin va frapper les autres très rapidement.
Mais à l’intérieur, il ne comprend rien.
Léa a pris le contr?le,
Et il ne peut le récupérer, il n’est plus sur son propre tr?ne.
Son corps n’est plus sien.
Son crane est ouvert et une fumée bouillante en sort.
Que faire pour contrer le sort ?
Les armadas de pensées néfastes s’infiltrent et se glissent.
Impossible à retranscrire,
De véritables glyphes,
Court-circuit cérébral,
Il se tient la tête !
L’escalier de fleurs repara?t.
Et le second Ruh aussi.
— ? Tu es bercé d’illusions atroces. ? C’est ici que tu as dévoré le c?ur de ton frère.
— Je m’en souviens. Mais qui es-tu, et pourquoi revenir ici ?
— Comptes-tu laisser Léa faire ?
Tu n’es pas assez fort pour ce marquisat. Il va te réduire en cendres.
— Jade était plus impressionnante.
— Non.
— Si, et je vais te le prouver.
— Mon existence montre que tu es faible de fond en comble.
— Silence !
— Tu ne peux parler à personne.
La voix de ta détresse a été effacée.
Nulle ame pour t’écouter.
Nulle gorge pour le verbaliser.
Nulle oreille pour entendre.
Aucun cerveau pour le comprendre.
Alors je suis là, je veille.
Car tu ne peux que parler à ton reflet,
Qui ne sera jamais d’accord avec son pareil.
Tu la laisses faire, mais tu ne dois pas !
Tu n’es qu’un amas de paresses !
Un concentré de bassesses !
— La ferme !
Ruh se précipite sur lui-même.
Ruh se précipite dans les grands escaliers du Marquisat.
Mais n’arrive pas à frapper.
Aucun coup pour toucher.
Et un dernier ennemi se dresse avant l’entrée de Tayn.
Un échec parmi des échecs pêle-mêle.
Alors le faux agrippe la gorge du vrai,
L’étrangle.
Alors Ruh agrippe la gorge du dernier garde,
L’étrangle.
Il ne peut plus respirer.
Il ne peut plus respirer.
Ruh s’immobilise lentement.
Le garde s’immobilise lentement.
— Je ne veux que ton bien.
Souviens-toi de qui tu es.
— Marquisat, je viens !
Souviens-toi de qui je suis engendré !
Les fleurs de la pièce grandissent et éclairent la pièce, époustouflées.
Elles font une révérence.
Car quelque chose de grandiose se passe.
Tandis que Léa a atteint les deux généraux de Tayn…
Mais est-ce vraiment Léa qui contr?le le corps de Ruh en cette Terre ?
Peu importe, car ici se joue la suite de l’Acte de la Peine.
Il pleut.
Les souvenirs tombent.
Chacun d’eux est un impact de balle perforant Ruh peu à peu.
S’ensuit l’effet d’une bombe.
Et tout dispara?t.

